mercredi 16 juillet 2014

Le tri, le recyclage et le psychologue


Nous travaillons actuellement à divers projets avec Eco-emballages sur la promotion du recyclage et la problématique du geste de tri. J'ai eu l'occasion de résumer un point de vue un peu comportemental sur le sujet, je vous l'expose ci-dessous.


La question du tri et du recyclage est une déclinaison majeure d’un des enjeux contemporains essentiels : l’adaptation de la société, qui dépend de sa capacité à faire évoluer les comportements de millions de personnes. La dilution de la responsabilité, l’habitude, la variété des modes de vies et les dynamiques sociales se liguent toutes ensemble pour tendre au maintien d’un comportement problématique. Comment inciter des individus autonomes, libres et individualistes à modifier un comportement simple, banal et dérisoire individuellement au profit d’un bénéfice flou et lointain pour l’ensemble de la société ?

Il s’agit là d’une version spécifique d’un dilemme bien connu des économistes sous le nom de « drame des communs », ces situations dans lesquelles la poursuite par chacun de son bénéfice personnel construit inéluctablement l’appauvrissement collectif. L'illustration classique est celle du champ en commun (plus d'explications, ) où, plus indirectement, la mythique tragédie de la mauvaise gestion pascuane.


La réponse spontanée issue de nos modes d’organisation collectifs développe souvent rapidement des solutions techniques et infrastructurelles. En l’occurrence, l’évolution des processus industriels et marchands est bien entamée. A tel point que l’on constate avec surprise que l’industrie du recyclage manque déjà de plastique recyclé à valoriser.
L’infrastructure est nécessaire mais ne saurait être suffisante pour répondre aux enjeux. Les consommateurs doivent participer et s’impliquer, au minimum le temps de refonder une habitude qui soit plus soutenable. De mon point de vue de psychologue social, nous vivons dans le primat du technique sur le comportemental. L’illustration dans le recyclage en est que le système technique demande beaucoup à l’individu. Il faut une certaine expertise pour savoir quelle partie d’emballage va au tri et laquelle est un déchet. En situation de doute les personnes tendent ainsi plutôt à ne pas trier, au détriment du bon rendement du système.


Je crois que de nouveaux progrès peuvent être faits si l’on fait aussi l’effort d’adapter le système aux comportements plutôt que de se contenter de demander aux personnes de s’adapter. Demander à la technique plus d’adaptation pour réduire le besoin d’expertise individuelle serait une piste d’évolution efficace. Les efforts d’éducation et de motivation des individus ne sauraient bien sûr être réduits, mais il faut se concentrer sur la bonne interaction des hommes et des systèmes techniques, vers une ergonomie comportementale.
Une condition initiale de cette ergonomie peut être de responsabiliser les consommateurs. De nombreux travaux de recherche montrent qu’il est cependant indispensable de résister à la tentation de culpabiliser les individus comme on a pu le faire par la passé. Au contraire il faut proposer aux personnes le contexte nécessaire à réussir le tri et à en tirer un bénéfice d’estime de soi propre à pérenniser les bons comportements.



2 commentaires:

  1. Hello Xav, ravie de te lire, surtout sur un sujet qui me fait vivre ces temps ci. J'aime toujours tes analyses lucides et envolées. Au plaisir d'échanger bientôt. Marie G

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